31/08/2003

Paris-Brest 2003

 

Paris ‑ Brest ‑ Paris 2003

 

Par Pietro Sirigu

 

Paris ‑ Brest ‑ Paris (P‑B‑P) : le monument cyclotouriste qui fait peur à beaucoup, nous étions malgré tout plus de 4000 cyclos au départ représentant plus de 25 nationalités. Et parmi eux, votre serviteur avec la ferme ambition de parcourir les 1230 Km en mois de 84H00. Pour la qualification à l'épreuve, j'ai parcouru les distances obligatoires de 200 ‑ 300 ‑ 400 et 600 Km : toutes réalisées entre Mars et Juin. Mon épouse Myriam, ma fille Ornella et mon fils Dante se sont joints à la fête et Myriam fait office d'assistante technique à l'aide de la camionnette.

 

Lundi 20H00 j'assiste au départ des pur‑sang qui courent après le record de 43H40. Lundi 22H00 départ des cyclos ‑ délais 90H00.

 

Mardi 5H00 : Mon départ avec l'obligation de terminé endéans les 84 heures .

L'énorme peloton d'environ 500 cyclos se lance encore dans l'obscurité vers la pointe de la Bretagne.

Les premiers kilomètres sont avalés rapidement avec un 1er contrôle à Mortagne (141 Km), puis Villaines‑la‑Juhel (223 Km) où je passe à13Hl0 soit après 8Hl0' de route !

 

Je suis parti trop vite et je décide de diminuer la cadence pour respecter mon tableau de marche qui est établi en 69H00. A Fougères (311 Km), il est 17H17' et j'ai à ce moment déjà 12H17' de vélo dans les guibolles . C'est à cet endroit que je décide de manger une première fois et je retrouve Myriam et les enfants autour d'une table.

Rassasié, je décide de continuer jusqu'à Tinténiac (366 Km) où je passe à 20H30’.

 

Mon prochain objectif soit Loudéac (452 Km) est atteint à 00h46', j'ai envie de continuer en une traite jusqu'à Brest mais Myriam me demande de rester raisonnable et de dormir un peu. Après un bon petit plat de riz Cantonnais acheter au restaurant chinois, je m'allonge à l'arrière de la camionnette pour 3‑4 heures de sommeil récupérateur. Je repars vers 5H00 pour mon 2ème jour de route alors que la température est de 6°C . Il fait froid et j'ai très difficile de redémarrer: tout mon corps est parcouru de frissons.

 

J'atteins Carhaix (529 Km) à 8H20' et la motivation grandissant je repars de plus belle pour aller conquérir Brest en passant bien entendu par le point culminant de la Bretagne à Roc Trévézel.

 

L'impression en arrivant à Brest (615 Km) est grande avec une vue grandiose sur la rade, il reste 2 kilomètres d'ascension à 10% pour arriver au contrôle. Il est à présent 12H27' et Myriam me gâte en me préparant un délicieux plat de pâtes préparé à même le trottoir et accompagné de poulet rôti et d'un quartier de tarte aux pommes.

 

Maintenant que j'ai viré à Brest , je commence à décompter , à la sortie de la ville je rencontre Louis Beirinckx, un des plus grand spécialiste des BRM (Brevets Randonneurs Mondiaux) parti 7 heures avant moi ce qui à pour effet de me stimuler malgré la fatigue qui s'installe . Je commence à souffrir d'une petite pointe de tendinite aux genoux et à la cheville droite.

 

J'atteins Carhaix (696 Km) à 17Hl3' : le coup de pédale est toujours bon mais le moral n'est pas au beau fixe: depuis le départ,je penses à mon ami Dominique (Décédé une semaine avant et enterré le jour de mon anniversaire ) et les images des bons moments passés ensemble me traversent en permanence l'esprit .

 

Je repars vers Loudéac (773 Km) que j'atteint à 21HO3’ : direction le petit chinois pour un nouveau plat de riz Cantonnais.

 

Je décide de commun accord avec Myriam de dormir quelques heures car la nuit commence à tomber et il fait un froid de canard, la ville est noyée sous un brouillard dû à la très grande humidité qui règne sur la Bretagne. Je repars pour le troisième jour vers 4H00 du matin encore transis par le froid , au préalable Ornella m'a fait un excellent massage de détente car la tendinite gagne du terrain.

 

Arrivée à Tinténiac (859 Km) à 6H49' où je décide de prendre un petit déjeuner avec un cacao chaud et un petit pain au chocolat.

 

Fougères (914 Km) est atteint à 9H33', depuis quelques kilomètres je bats de l'aile : je connais mon premier coup de pompe depuis le départ. J'ai de la peine à rouler au dessus de 19 Km/H et je me traîne tant bien que mal sur les routes avec ma cheville qui me fait de plus en plus mal. Je commence à penser à l'abandon et je suis conforté dans mon idée car je rencontre de plus en plus de cyclos blessés ou jetés le long des routes.

 

J'arrive finalement à Villaines‑La‑Juhel (1002 Km) à 14Hl5' : Myriam ne me reconnais plus , je suis blanc et le regard absent comme saoulé par l'effort . Je décide de reprendre des forces en mangeant tout en me faisant masser par Ornella car la tendinite me fait de plus en plus souffrir. Je décide de faire bander mon pied pour immobiliser celui‑ci au maximum. Il est 18H28' lorsque j'arrive à Mortagne‑au‑Perche (1084 Km), çà commence à sentir l'écurie et je retrouve peu à peu le moral . Je décide à ce moment de rouler le reste en une traite et donc de rouler de nuit.

 

A 23h38, je suis à Nogent‑le‑Roi (1167 Km). Je me lance dans la dernière étape du parcours , la traversée de Paris est longue et n'en finit plus , de plus, de petits comiques ont retiré les flèches fluos qui nous guident de nuit ce qui me vaut de me perdre dans les derniers kilomètres ...... je n'apprécie pas la plaisanterie qui m'oblige à redoubler de concentration alors que je suis fourbu de fatigue.

 

Finalement la plaque du dernier kilomètre que je termine à fond les boulons ! Il est 2H36 et je suis rentré. L’émotion est forte, presque aux bords des larmes : je suis rempli d'une joie indescriptible en voyant mes enfants et ma femme qui sont venus m'accueillir. Non content d'avoir réussi mon périple, je décide de rentrer au camping à vélo. Après quelques heures de repos bien mérité soit 4‑5 heures, je me réveille encore tout courbaturé mais remplis d'une énorme force intérieure de celle qui vous fait renverser les montagnes. Après avoir déjeuner, nous démontons la tente et partons vers Bruxelles.

 

Je conduis la camionnette vers Bruxelles mais après 150 Kilomètres je dois passer le relais à Myriam car je suis vaincu par la fatigue : on ne récupère pas de P‑B‑P en quelques heures ! Enfin à Bruxelles où je retrouve avec plaisir mon lit. Mon corps est abandonné au sommeil, mais dans ma tête des feux rouges dansent, des roues zigzaguent, des virages se présentent à  l'infini….

 

En trois jours, j'ai fait provision de souvenirs pour des années  au minimum jusqu'au  départ de 2007.

 

Quelques chiffres de mon P-B-P 2003 :

Distance: 1230 Km.

Dénivelé : 10000 mètres.

Une côte tout les 3 Km soit 365 côtes en tout.

Départ: Mardi 19/08/2003 à 5H00 du matin: délai maximum 84 Heures.

Temps total : 69H36’.

Temps d'arrêt: 15H40'.

Temps à vélo : 53H56'. (Soit 22,862 Km/h).