31/01/2005

Le BRM 200 km de Béthume en 2005

 

Mon Premier BRM 200km

Par Alain Darville.


La plupart de ceux qui se lancent sur un BRM de 200km pour la première fois, essayent de le faire dans les meilleures conditions possibles pour s’assurer de leur réussite. Par exemple, en choisissant un parcours plat, par un temps calme. Mais avec Pietro, c’était une autre histoire.

Mon 1er BRM de 200km, je l’ai fait en plein hiver, le 8 janvier 2005, en France, de Béthune (situé à +- 160 km de Bruxelles) vers Saint-Riquier en passant par Hesdin, Nouvion et Auxi-le-Château. C’est une très belle région entre Lille et Abbeville à cheval entre les régions de Nord-Pas-De-Calais et de la Picardie. Enfin la partie que j’ai vue de jour, parce que la région de Béthune je ne l’ai « vue » que la nuit.

C’est donc un BRM de 200km, mais j’ai constaté qu’en le faisant, il s’apparentait plus à un brevet Cyclo-Coteur, avec un dénivelé qui ne devait pas être loin des 3000 mètres. Toute la région de Hesdin, Crécy-en-Ponthieu, Nouvion, Saint-Riquier et Auxi-le-Château ressemble assez fort à nos Ardennes.

Au départ, seuls les habitués des BRMs étaient là, dont les célèbres Daniel Cauchie et Christian Theron. Mais c’est seulement à 11 que nous sommes partis dans la nuit (à 7 heures du matin) avec Pietro en VTT et sous anti-biotiques (juste pour ne pas faire comme les autres).

Au début (c'est-à-dire pendant 20 km) tout va bien. Mais après la tempête se déchaîne, au sens propre du terme. Il pleut et le vent de face est terrible et ne faiblira pas pendant 80 km jusqu’au moment où on arrivera dans la forêt de Crécy. Mais entre-temps les plus forts du groupe sont partis et nous restons à quatre jusque Hesdin (ville du premier contrôle fait dans une boulangerie : miam, miam pour l’éclair enfourné) où nos deux compagnons feront demi-tour. C’est bien dommage car ils connaissent le parcours et il suffisait de les suivre. Il est 10h30 heures et on a fait 64 km.

C’est alors que la galère commence. Pietro n’avance plus, il est malade et son VTT ne l’aide pas beaucoup. En plus comme ce BRM n’est pas fléché, il faut se débrouiller avec une carte. Et à peu près a chaque carrefour, il faut s’arrêter et chercher son chemin.

On n'avance presque plus et c’est alors qu’arrive ma première crevaison. La réparation s’effectue sans problème, mais je n’ai plus de chambre à air. Comme je suis débutant, je n’ai pas pensé qu’il serait possible de crever plusieurs fois en 200km. Mais heureusement j’ai des rustines autocollantes.

Dans la forêt de Crécy, nous sommes protégés du vent ce qui permet de tirer de plus grands braquets mais ce faisant, tous les efforts déjà consentis et un début de déshydratation provoquent mes premières crampes.

Pietro, lui, va mieux, le vent de face ne l’handicape plus.

On arrive à 13h à Nouvion (le deuxième contrôle). On a fait 98 km. Mais il faut un cachet et dans ce patelin, tout est fermé. Finalement après avoir errer dans le village, on trouve une pompe à essence, dont le tenancier nous regarde comme si on débarquait de la planète Mars. On en profite pour faire le plein. On mange enfin et j’essaye de boire un maximum pour refaire les niveaux, et ainsi supprimer les crampes. Ca marche plus ou moins.

Pour aller vers Saint-Riquier, le vent est dans le dos et c’est enfin l’euphorie. On dépasse le 30 km à l’heure et on pense que ce sera comme ça jusque au bout. Grave erreur…

Il est 14h et on arrive donc à Saint-Riquier pour mettre encore un cachet. On a fait 114km et le vent est tombé. On ne l’aura plus dans le dos pour nous aider.

Peut après le départ, arrive ma deuxième crevaison. Pietro en VTT ne peut pas me dépanner, les chambres à air ne sont pas les mêmes. Je constate alors que mes rustines qui étaient à l’origine autocollantes, collent encore là où elles veulent bien, c'est-à-dire presque plus. On essaye de repartir mais entre le km 114 et 150, on va s’arrêter en moyenne tous les 10 km, car chaque fois c’est de nouveau une crevaison. Pietro a retrouvé de l’énergie et pompe de toutes ses forces pour regonfler (comme quoi à vélo, il faut aussi de bons biceps), encore et encore ce foutu pneu. On essaye même de mettre une chambre à air de VTT en l’étirant au maximum, mais rien à faire, aussi vite mis aussi vite crevé.

Au kilomètre 150 vers 17h il fait nuit. Ma pompe en à marre et explose littéralement, expulsant le manche dans le noir. Sans doute celui-ci s’est-il satellisé autours de la Terre à la recherche de notre vaisseau spatial (pour des infos complémentaires voir le pompiste de Nouvion). Mais cette péripétie résout le problème du pneu, puisqu’on ne peut plus le gonfler.

C’est alors que Pietro voit, brillant à la lumière du « Réverbère » (avec un R majuscule parce dans cette région, c’est sans doute le seul de son espèce dans un rayon de 40 km), un minuscule petit bout de métal qui a crevé, recrevé, re-recrevé, re-re-…-recrevé toutes les réparations et toutes les chambres à air. On a l’air fin, la nuit, en dessous du Réverbère avec notre pneu plat, notre demi pompe et notre petit bout de métal entre le pouce et l’index. Charmant tableau.

Le premier moment d’angoisse passé, en effet il reste 50 km et je devrai les faire avec un pneu plat, on est reparti. Pas très vite, à du 15 à l’heure. En effet, je suis assez secoué à chaque tour de roue lors du passage sur la pipette, ce qui n’aide pas pour atteindre des vitesses supersoniques. Plus tard on verra que la chambre à air a fait un nœud dans le pneu. En plus moi qui aime la discrétion, je suis servi. Nos passages dans les villes et villages se font en effet assez bruyamment.

Pour couronner le tout, ma lampe avant s’éteint, il fait une nuit d’encre et les routes ne sont pas éclairées. Je vais suivre la lampe rouge de Pietro, chaque fois aveuglé par les voitures arrivant en face en espérant ne pas aller au fossé. Parfois il faut même d’arrêter ne voyant plus où l’on va. Pour chercher son chemin, il faut essayer d’éclairer les poteaux indicateurs avec le petit phare de Pietro, ce qui implique des levées de vélo et des visées de poteaux avec ensuite des recherches sur la carte et des discussions sur la direction à prendre.

L’heure fatidique de 20h30 s’approche. Il faut arriver à cette heure pour que le brevet soit homologué. Pietro accélère et moi aussi, ce qui fait que je suis de plus en plus secoué. On voit enfin des poteaux indicateurs avec le nom de Béthune ce qui nous évite les arrêts aux carrefours. On monte alors à 20 km à l’heure, puis à 25. Cela devient infernal. J’ai faim, j’ai mal partout et on ne peut plus s’arrêter.

On arrive enfin à Béthune. Il faut encore traverser la ville, et Pietro me lâche. J’essaye à tout pris de garder le contact, sinon je risquerais de me perdre dans cette ville inconnue. A 20h20, enfin on arrive au point de contrôle, mais il n’y a personne pour mettre le cachet libérateur. Il faut encore trouver un café pour tamponner la carte de contrôle. On est reparti, toujours secoué, dans le centre où on trouve enfin un bistro. Le BRM est terminé et on peut boire une bonne bière libératrice.

En résumé, c’était une bonne entrée en matière pour réaliser un BRM. Je me suis dit qu’après cela il ne pourrait plus rien m’arriver, puisqu’en 200 km on a connu à peu près tous les malheurs possibles. Mais malgré tout, c’était un très beau BRM dans une magnifique région, réalisé dans des conditions un petit peu éprouvantes. Heureusement  cela ne m’a pas empêché de faire d’autres BRM par la suite, sans aucun problème.