30/04/2008

Le Tour des Flandres 2008

 

Le Tour des Flandres 2008
Par Fabien Moreau

Le Ronde van Vlaanderen pour cyclotouristes.  Rendez-vous était donné à 6h45 sur la place de Bruges pour s'essayer au parcours des pros sur 259km.  J'ai pris une chambre d'hôtel pour passer une bonne nuit.  Je roule avec une petite dizaine de banquiers, des collègues de ma femme qui ont improvisé une petite équipe et s'entraînent depuis 6 mois.  Dans la foule des participants, il y a beaucoup d'italiens, d'anglais, d'espagnols, même plus exotique.  On brosse le passage sur le podium pour le premier pointage car la file est interminable.  De toutes façons, on fait pas ça pour le diplôme.  On espère juste faire un maximum de kilomètres avant la pluie annoncée.  Nous quittons la Grand Place à 7h30.

Toute la première partie se fait en pelotons successifs avec un fort vent dans le dos.  Je ne comprendrai jamais les organisateurs de cet événement qui inscrivent 18.000 personnes chaque année et qui ne voient pas l'intérêt de réserver une bande de circulation sur les nationales.  Tous les pelotons sont entassés sur les pistes cyclables, même pour passer les ronds-points.  La police veille et verbalise les échappés.  Résultat : plusieurs chutes sur les îlots directionnels et des crevaisons à n'en plus finir.  Surtout la vitesse et l'effort s'en ressentent.  Il faut constamment être attentif et relancer.

Très peu de clubs participent en groupe.  On voit surtout des individuels.  L'ambiance n'est pas vraiment chaleureuse.  Ca ne signale pas les trous, ça prend peu de relais, ça déboîte dangereusement sans prévenir.  Je salue les gars de Team de Lux, grands amateurs de beaux défis, qui sont venus à une dizaine.  A peu près les seuls maillots connus.

A partir de Kortrijk commencent les petites bosses mais surtout les petites draches.  Mélange des genres : le crachin, la grosse pluie lourde, la petite fine mais dense, ... une constante : le spray permanent des roues.  J'ai un garde-boue, mais l'ustensile n'est visiblement pas très connu en Flandres.

Première difficulté de la journée : le Kluisberg que l'on monte par son côté wallon, plus sinueux et plus agréable.  Au ravitaillement du sommet, je tombe sur mon ami Wouter De Ruyck avec qui j'ai fait Bruges-Mont Ventoux en juillet dernier et dont je vous recommande le blog : http://www.drw.be/.

La grosse pluie a cessé.  Mais à partir d'ici, on va se ramasser une petite averse toutes les 30 minutes, histoire de rester bien humide.  On forme encore un groupe de 3 ou 4.  Les autres sont devant, derrière, ou je ne sais pas bien où.  Comme celui qu'on croyait avoir bien derrière nous quand on l'a rédépassé ... hé, hé !  Les raccourcis sont nombreux sur le parcours... coquin, va !

Le Molenberg surgit sur la droite et déroule son ruban de pavés en sinuant.  Un des plus belles côtes, mais aujourd'hui elle est mouillée et enduite de boue.  Position assise de rigueur et le dos encaisse.  Suit ensuite un secteur pavé interminable qui fait un coude en son milieu.  Pourtant, je commence à apprécier l'exercice, les mains bien relax sur le haut du guidon ou les cocottes.  Les vibrations on l'avantage de détendre les jambes et de réchauffer les pieds.  Le matériel apprécie moins : mon guidon bascule petit à petit vers l'avant.  Je dois m'arrêter pour réajuster et resserrer.

Secteur suivant, gros fracas derrière moi.  Un des gars avec qui je roulais a essayé de prendre le trottoir et a glissé le long de la bordure.  Le matériel n'a rien, le cycliste non plus à part quelques beaux bleus demain matin.  Cette fois, le groupe est complètement dispersé.

Dans cette succession de pavés, le Wolvenberg est un soulagement de macadam malgré son maximum à 17%.  C'est aussi la dernière difficulté avant le deuxième ravito à Oudenaarde.

J'y retrouve la camionnette de l'organisation avec quelques vêtements secs.  Entretemps, les banquiers arrivent un à un.  Je me débarrasse de mes couvre-chaussures et de mes gants hiver, trempés de toutes façons.  L'excellente veste Aurore a parfaitement séché et garde bien la chaleur.

Mauvaise surprise à la sortie : j'ai tellement tardé dans ma garde-robe que mes camarades traders, trempés et congelés, se sont déjà remis en route.  Je roulerai les 100 derniers kilomètres tout seul.

Vieux Quaremont.  La côte qui m'a semblé la plus difficile l'année dernière ; elle n'en finit pas.  On commence sur le macadam, puis arrivent les pavés en même temps que la déclivité à 12%.  Heureusement, il fait relativement sec. Quand on croit que c'est fini, il reste un faux plat interminable avec une petite côte plus forte sur la fin.  Ouf ! c'est fini.  Virage à gauche et une belle descente en ligne droite.

Un brin de doute quand on pense à la suite : les deux grands rendez-vous de la journée, le Paterberg et, derrière lui, le Koppenberg.  Le Paterberg est grimpé à l'économie.  La pluie émulsionne un peu le sable sur les pavés fraîchement rénové et sans pièges.  Malgré ça, impossible de lever le poids de la selle sans patiner dans le décor.  Le bas du dos s'engourdit.  Le public est nombreux et chaleureux.  Je suis agréablement surpris par l'affluence de participants qui reste raisonnable.  Avec un peu d'adresse, on parvient à se faufiler entre ceux qui ont mit pied à terre.  On entend des bruits de chutes en haut, en bas.

Vient ensuite une belle descente puis un grand secteur dégagé avec vent de face.  Une colline barre le paysage.  Au sommet, un cirque !  D'immenses chapiteaux attendent les VIP's du lendemain.  Sur les flancs du Koppenberg, les maillots colorés des cyclos tracent le chemin à suivre.  Angle droit à droite et c'est parti.  Comme toujours, je m'interdis de regarder le mur devant moi.  Mon regard est bloqué sur les 2 mètres qui me précèdent.  Le cul enfonce la roue arrière, les bras poussent le guidon sur les meilleurs pavés.  Dans la portion à 22%, un embouteillage m'évitera de me poser la question de savoir si j'étais capable de le grimper.  Un spectateur insiste pour me relancer, mais dans cette pente, avec l'humidité, les jambes qui tremblent, l'exercice est vraiment casse-gueule.  Un peu plus loin, je peux m'appuyer à une barrière Nadar, engager les deux pédales, puis pousser comme un bœuf.  Avec une poussette, ça repart.  Secteurs pavés et deux côtes pavées dont le magnifique Taaienberg avec ses pavés crapuleux.

Sur ma feuille de route, c'est le soulagement.  Plus de côtes pavées avant le final.  Je connais un peu les côtes à venir : le Berendries, le Valkenberg, ... Au vu de mon état, je me dis que, sauf ennui technique, l'arrivée est à ma portée.  D'ailleurs, il reste à peine ... heu ... l'humidité a eu raison de mon compteur qui affiche 0,1km et 2853m d'altitude.  Je crains qu'il n'apprécie moins les pavés que moi.

Dernière contrariété : la pluie reprend, bien dru.  J'étais encore relativement sec, je n'ai plus de couvre-chaussures ni de gants et je n'ai vraiment aucune envie de gâcher cette journée par une pneumonie.  Je m'engouffre dans un café ou j'attends que ça passe avec un bon thé vert.

Grammont est moins encombré que l'année passée.  Visiblement le gros de ceux qui courraient le 144km est déjà passé.  On arrive au pied du mur par un chemin que je ne connaissais pas.  Le pavé est bien humide.  Il me pose des problèmes dans le tournant à gauche où je manque de déraper dans les spectateurs. Mais ça passe.  Ambiance familiale au sommet. On replonge vers la dernière difficulté du jour, à prendre comme un dernier plaisir.

Comme l'année passée, les 12 derniers kilomètres me semblent très longs.  Je commence isolé, puis j'attrape un trio qui se relaie bien.  35 à 40 km/h dans les relances jusqu'à se regrouper avec un peloton un peu plus lent.  La longue ligne droite vers Ninove est de nouveau pénible à cause du passage obligé du large peloton sur la piste cyclable.  On manque de nouveau l'accident de peu.  Derniers détours dans Merbeke et c'est l'arrivée.  Photo traditionnelle avec mon gsm à bout de bras et la banderole en fond.  Il est presque 18h30.  En recueillant les dernières volontés de mon compteur et les résultats des autres, on arrive à une distance totale de 277km, parcourue à près de 26km/h en route, surtout grace aux 30km/h de moyenne du début du parcours.

De retour à la Centrumlaan, je trouve le village d'arrivée très décevant.  Musique assourdissante.  Un dépotoir de folders publicitaires.  Rien à manger d'autre que des frites et des hotdogs.  Même pas un Orval pour se reconstituer !  Un sandwich, une salade ou une assiette de pâtes, n'en parlons pas...

Je cherche un quart d'heure après mon sac dans lequel il reste une boite de délicieux thon à l'huile.  Entretemps, mes « coéquipiers » improvisés s'en vont chacun de leur côté sans demander leur reste.  On reste à deux à attendre un lift pour Bruxelles.  On avait prévu de rallier gentiment Bruxelles à vélo, mais mon camarade a cassé une cale dans le Paterberg et la pluie tombe toujours.  Enfin, à 22h, je retrouve ma douche et mon lit.  Je laverai mon vélo demain !

 

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